VA book signing

Transcription d'un exposé énoncé par l'auteur lors d'une séance de dédicace après la sortie de "Faith of the Fallen", suivit d'une séance de question/réponse avec les fans.


Ce qui suit est une transcription d'un exposé que Terry Goodkind a présenté chez Borders Books, à Bailey's Crossing, VA, le 9 septembre 2000. Ce fut une présentation non préparée. Le discours impromptu, par sa nature, est différent des discours préparés, pour lesquels l'auteur peut considérer chaque phrase, chaque mot, pour lui donner la nuance précise, la signification qu'il prévoit. Telles sont les difficultés de parler sans support écrit. La spontanéité, cependant, peut avoir une qualité d'immédiateté et de franchise.

L'auteur a édité l'entretien en supprimant les pauses, les répétitions, et ce qui ne sert pas le propos, et serait uniquement de la distraction pour ceux qui lisent ce discours. Il a fait de petites corrections pour la clarté, mais n'a pas changé la signification ou le contenu original. Gardez à l'esprit qu'en parlant, le langage du corps et les expressions ajoutent à la signification, permettant d'appuyer des dire, ou même ajouter de l'humour. Tout ceci est absent ici.

Ce qui suit est la transcription, éditée par l'auteur pour la clarté. Il n'a matériellement pas changé ce qui fut dit, mais simplement lissé quelques rides.


Merci d'être ici. Je veux parler ce soir de ce que j'écris, de pourquoi j'écris, et de comment j'écris. Je vais parler de la raison pour laquelle tous les auteurs écrivent, et de ce que tous les artistes font quand ils créent quelque chose.

Aristote a dit que la fiction est plus importante que l'histoire parce que  « l'histoire représente des choses telles qu'elles sont, alors que la fiction les représente telles qu'elles pourraient être et devraient être. »

Aristote parlait du concept de la volonté - que nous sommes des créatures possédant le libre arbitre. Vous pouvez croire que nous sommes des créatures de libre arbitre, ou que nous sommes guidés par des forces mystiques, ou par la nature, ou ce qui vous possède, qui dirige tout dans notre vie ; que nous n'avons donc aucun libre arbitre, que le destin m'a mis ici, et non ma propre volonté. Je suis ici pour vous dire que je suis ici de ma propre volonté - j'ai voulu être ici.

Ayn Rand dit, "l'art est une re-création sélective de la réalité selon les jugements de valeur métaphysique d'un artiste". Ce qui signifie qu'un artiste, qu'il le prévoie ou pas, trahit sa philosophie. Ses valeurs vont transparaître dans ce qu'il fait.

Prenez une belle peinture, comme la couverture de "la Foi des Réprouvés" - cette peinture d'une sculpture de deux personnes. Une peinture de telles personnes ne montre pas la volonté ; l'acte de la peindre le fait, parce que quand vous choisissez de peindre le meilleur que la vie puisse être, vous agissez par volonté.

Quand un "artiste" se présente à vous avec une peinture non objective, ou une histoire, ce qu'il proclame est qu'il n'y a rien d'objectif sur lequel baser quelque chose.

Nos vies sont soutenues par notre capacité d'humains à penser. Afin de décider quoi manger, vous devez d'abord savoir ce qui est de la nourriture. Si vous mangez de la saleté, vous mourrez. C'est très clair. La pensée devient plus importante quand ce que vous mangez est des champignons. Vous devez savoir si un champignon est toxique ou sain à consommer. C'est à ce moment que "penser" sert. C'est à ce moment que "l'apprentissage" sert. C'est à ce moment que "la volonté" sert. Si vous croyez que les forces du destin guident le monde, vous prendrez n'importe quel champignon et le mangerez parce que si vous êtes destiné à mourir, vous mourrez, et si vous êtes destiné à vivre, vous vivrez. Si vous croyez qu'il n'y a aucune réalité, alors vous pourriez manger n'importe quoi.

Nous survivons, cependant, par la pensée - c'est la raison pour laquelle  nous sommes tous ici. Nous envoyons nos enfants à l'école afin qu'ils soient instruits, ainsi ils penseront, ils peuvent ainsi aller de l'avant dans la vie. L'art non objectif est un rejet de la réalité, de la pensée, et au contraire essayer de placer la non pensée comme norme. Ne pas penser revient à manger des champignons toxiques. Quand un artiste se présente avec une vue de la vie non objective, peinte ou écrite, il abdique dans sa responsabilité de penser, il rejette la vie elle-même. Il embrasse la mort. Et vous demande de faire de même.

Quand j'écris, je présente une vue de réalité dans laquelle je base ce que je fais sur la valeur ultime qu'est la vie.

Quand vous achetez un livre, vous dépensez de l'argent pour l'acquérir. Vous devez décider si le livre vaut la peine de dépenser cette somme. La réponse est basée sur tout ce que vous pourriez dépenser avec cette somme, combien d'argent vous avez, ce qui est disponible pour vous, ce que vous devez dépenser, et un certain nombre d'autres choses. Vous pouvez alors décider que "oui, je veux acheter ce livre".

Mais vous faites quelque chose de bien plus important - dans le royaume de la pensée, dans le royaume des idées, dans le royaume des valeurs. Ces choses sont mesurables, elles aussi. Elles sont mesurées par le temps. Il y a une  raison à la présence d'un cadran solaire sur la couverture de ce livre ("La Foi des Réprouvés"). Le gnomon que la statue masculine tient créer une ombre sur le cadran solaire pour indiquer combien de temps s'est écoulé en ce jour - combien votre vie s'en est allé, combien il en reste.

Finalement, votre vie est tout ce à quoi vous devez donner de la valeur. Ainsi, la quantité de votre vie que vous choisissez de donner détermine la valeur de quelque chose.

Si vous aimez la crème glacée et que vous pouvez descendre dans la rue pour l'acheter, cela ne va pas prendre beaucoup de votre temps, ainsi sa valeur est faible. Si la seule crème glacée se trouve France, et que vous décidez d'y aller pour l'obtenir, cela signifie que vous aimez vraiment la crème glacée,  parce que vous êtes prêt à abandonner une grande partie de votre vie pour aller en France afin de l'obtenir.

Quand vous lisez des livres, vous donnez quelque chose en plus de l'argent : vous donnez de votre temps. En échange de cette partie de votre vie, je compte vous donner en retour le meilleur travail que je puisse faire. Quand j'écris un livre, c'est sans réserve le meilleur livre que je puisse écrire. Vous pouvez décider par vous-même s'il est bon ou pas. Ce que vous ne pouvez pas discuter, c'est si j'y ai mis le meilleur de moi-même. Vous pouvez juger mon meilleur travail insuffisant pour le temps que vous passez à le lire, mais la chose que vous n'êtes pas autorisés à juger, c'est si j'ai fait du mieux que j'ai pu, parce que je sais que je l'ai fait.

"La Foi des Réprouvés" est sans réserve la meilleure chose que j'ai jamais écrite. J'ai également adoré mes autres livres. "La Foi des Réprouvés" est à un nouveau niveau.

Je voudrais maintenant placer quelques mots à propos de la fiction.

La fiction est un genre qui englobe beaucoup de choses. Je suis à une des extrémités du spectre. Les livres que j'écris sont en premier des romans, pas des fictions, et c'est délibéré. J'écris vraiment des livres concernant les êtres humains. Je crois qu'il est inadmissible et non conformiste d'écrire des fictions dans l'intérêt de la fiction, parce que la fiction dans l'intérêt de la fiction est non objective. Si vous n'avez aucun thème humain ou de valeur, alors vous n'avez aucune vie comme valeur basse. La fiction dans l'intérêt de la fiction est donc injustifiée.

À l'autre extrémité du spectre se trouve un genre de livre que, par manque d'un meilleur terme, j'appellerai "création de monde" - et je ne veux pas déprécier les livres de purs "création de monde" pour ce qu'ils sont :  du divertissement. Je ne les considère pas comme des romans valides. Ils sont divertissant de la même manière qu'un jeu vidéo est divertissant. Un jeu vidéo n'est pas un roman. Un jeu vidéo n'a aucune valeur, excepté celle d'exprimer vos capacités à supprimer des personnes électroniques.

Laissez-moi clarifier mes termes. Quand nous écrivons, nous construisons naturellement un monde pour nos personnages, et ce n'est pas du tout ce dont je parle dans ce contexte. J'emploie ici le terme "création de monde" pour parler des livres qui sont conduits par les détails du monde, dans lesquels les personnages sont seulement fortuits. Ces livres sont considérés et appréciés pour la complexité et les détails du monde, et non pour les personnages. Ils manquent également une des conditions fondamentales d'un bon roman : une intrique cohérente. L'histoire est fortuite.

Les livres de "création de monde", comme je le dis dans ce contexte, sont comme des maquettes ferroviaires élaborées, dans lesquelles l'auteur place quelques de personnages en plastique juste comme le peu d'arbres en plastique qui sont placés dans une maquette ferroviaire - représentant les détail importants de ce monde. Les personnages de ces mondes sont simplement une partie de l'ensemble. Je ne voudrais pas écrire ce genre de livre parce qu'il ne prend pas en compte de thèmes humains.

Maintenant, entre cette extrémité du spectre, dans le genre de non-roman et à l'autre extrémité des romans tels que je les écris, il y a un éventail de livres. Vous pouvez avoir un livre qui prend place dans un "monde fictif" détaillé, mais avec en même temps des thèmes humains valables. Je ne veux pas dire que vous ne devriez pas apprécier un autre genre de fiction que le mien - je vous dis juste que je déteste intensément les livres de purs "création de monde" parce qu'ils ne sont pas au sujet des valeurs importantes pour moi - ils ne sont pas au sujet de la vie.

J'écris des livres au sujet de la noblesse de la vie. "La Foi des Réprouvés" est un livre élevant, un livre inspirant, et un livre sur la noblesse de l'humanité.

Ceux qui ne comprennent pas ou ne s'intéressent pas à la valeur de la vie, ceux qui préfèrent l'art ou les histoires non objectifs parce qu'ils ne veulent pas avoir à penser, se sentiront menacé par ce livre. Par exemple, un critique l'a écarté en tant que déclamation contre le stalinisme. C'est une route dangereuse, parce que si vous comprenez n'importe quoi à la manière d'agir des êtres humains, et le livre explique de manière explicite comment ils ont agit à travers l'histoire, vous saurait que c'est une histoire au sujet des périls de la non pensée, à la façon d'être une non entité dans n'importe quelle collectivité. Le produit de chaque collectivité à travers l'Histoire n'a jamais été quelque douleur sans fin, torture inimaginable, et mort.

Un principe de base est l'importance de l'individu, puisque la vie de chaque individu - la vie étant la valeur ultime - est la seule vie qu'ils auront. La vie est la chose la plus importante qu'ils puissent avoir.

À travers l'Histoire, chaque peuple a été asservi en commençant par le dépouillement de leur identité en tant d'individus. Le Moyen Age est un exemple de la façon dont les gens n'ont aucune identité, ou plutôt, ils ont été considérés comme seulement une partie du tout. À travers l'Histoire, ça a toujours été le thème de ceux qui veulent vous soumettre à l'esclavage : votre vie individuelle n'est pas importante ; vous devez contribuer à un plus grand bien.

Le "plus grand bien" est toujours quelqu'un d'autre. La nourriture est toujours meilleure dans le ventre de quelqu'un d'autre. Le toit est toujours meilleur au-dessus de la tête de quelqu'un d'autre. Et quelque chose de valeur est toujours mieux dans la poche de quelqu'un d'autre. Quand vous avez cette mentalité, et laissez votre identité dans le tout, vous finissez avec le même sort que sous Pol Pot et ses Khmer Rouge - 3.000.000 personnes mortes ; Adolph Hitler - 6.000.000 personnes mortes ; Joseph Staline - 24.000.000 de personnes mortes. Pouvez-vous imaginer ce que représentent 24.000.000 vies fichues en l'air ? Pouvez-vous le concevoir ?

Pourtant, observez ce qui s'est produit. Dans chacun de ses régimes - qui dit que l'individu est hors de propos, que votre identité n'importe pas, que seule votre contribution au tout est importante - est dirigé par un individu qui ira jusqu'à faire quelque chose d'extraordinaire pour démontrer son individualité. Regardez l'Irak : il y a des images de Saddam Hussein partout. Dans l'Union Soviétique il y avait des statues et des peintures de Joseph Staline partout. Ainsi, alors que ces hommes sont en train de vous dire que l'individu n'importe pas, ils poursuivent l'individualité pour leur vie propre.

Durant le Moyen Age, l'individualité a été écrasée afin de rendre la forme humaine sans importance. L'art servait cette cause. Quand leurs corps devenaient sans importance, le processus de dévaluation des personnes comme individus avaient commencé. L'art du Moyen Age effrayait les gens dans l'acceptation que la forme humaine était corrompue. Comme dans "la Foi des Réprouvés", leur art représente la forme humaine comme faite de bois, inflexible, et sans vie. Il n'y a aucune animation sur les visages, aucune joie dans la vie. Ainsi, si 10.000 personnes mouraient parce qu'un chef a décidé de les massacrer, cela n'aurait pas vraiment d'importance parce que la vie n'a pas d'importance - ceux qui ce sont sacrifiés et ont soufferts vivront une vie glorieuse dans l'après-vie. Le stalinisme employait cette même méthode, substituant simplement le plus grand bien de l'état à la vie après la mort. Les résultats sont toujours identiques.

"La Foi des Réprouvés" montre la vie de chaque personne comme importante, cette vie est la base de toutes les valeurs. Je ne suis pas intéressé par la fiction dans l'intérêt de la fiction, parce que la fiction dans l'intérêt de la fiction est un monde vide sans vie et donc sans valeurs.

Je crois qu'il faut raconter des histoires au sujet de la noblesse de l'humanité. Quand Ayn Rand disait, "l'art est la re-création sélective de la réalité selon les jugements métaphysiques de la valeur d'un auteur", elle disait que vous recréez le genre de monde dans lequel vous voulez vivre. J'ai entendu la critique d'un nouveau livre sur la Radio Publique Nationale dans laquelle le critique délirait en nous racontant oh combien merveilleux le livre était. C'était une histoire vague au sujet d'un type qui est allé en Asie du sud-est acheter de l'héroïne pour faire de la contrebande aux Etats-Unis, et au sujet de sa petite amie vivant aux Etats Unis qui tentait de l'aider à la faire entrer dans le pays. Ils ont eu des ennuis avec des gangsters fous - imaginez ça. À la fin de l'explication de tous les horribles ennuis qu'ils ont eu tout en essayant de s'occuper des drogues, le critique dit, « c'est un roman au sujet de nobles âmes en soucis. »

Ceci s'appelle une abstraction normative : l'auteur fixe un niveau de normale, de ce qu'il pense que le monde devrait être. C'est la re-création de la réalité selon les jugements de valeur de l'auteur. L'auteur et le critique disent qu'un trafiquant de drogue est une valeur normative. Cela assigne la valeur à la destruction de la vie.

J'écris au contraire au sujet des personnes étant le meilleur qu'elles puissent être. Je supporte comme valeurs les êtres humains donnant, ou tentants de donner le meilleur d'eux-mêmes. Cette valeur est celle des personnes qui croient à la vie, qui croient aux concepts moraux, comme la liberté, l'amour, la famille, l'intégrité et l'honnêteté. La valeur dans l'art, et la chose importante que l'art peut faire, est qu'elle peut vous offrir un moment durant lequel vous pouvez voir les idéaux auxquels vous croyez triompher. C'est un fortifiant.

Avoir pour ambition durant notre vie d'aimer nous permet de faire des rencontres. Un roman vous donne le temps, dans ce bref espace, de voir comment les gens peuvent être ensemble - les voir surmonter des obstacles et réaliser leur but : être ensemble. Le roman vous laisse voir ces choses finalement réalisées. C'est une manière de trouver le courage et l'énergie de continuer dans notre lutte vers nos buts, qui peuvent prendre une vie à réaliser.

Élever des enfants est quelque chose qui ne peut pas être accompli en un jour. Si vous lisez un livre concernant des personnes élevant des enfants, qui surmontent quelque chose afin de devenir de bons individus, vous voyez la réalisation de valeurs. Ce roman vous offre quelque chose de haute valeur en échange de votre temps - au lieu de vous donner un trafiquant de drogue comme héros.

Créer un "monde fictif" n'est pas mieux que de supporter un trafiquant de drogue en tant qu'idéal parce qu'il supporte comme valeur normative un monde dans lequel les humains n'exercent pas leur volonté, mais qui est une leçon d'histoire de quand cette personne a été soutenue, il y a 300 ans, et a eu 12 filles aux noms imprononçables, qui ont eu à leur tour des enfants, ce qui nous amène à cela, et à cette histoire compliquée, qui peut être distrayante ; mais ce n'est pas un roman.

J'écris des romans.

Certains essayent d'apporter cette mentalité de "monde fictif" à mes livres. Je peux comprendre pourquoi ils le font - ce n'est habituellement pas un extrême ou un autre, plutôt une gamme énorme - mais vous devez comprendre ce que je fais. Je ne suis simplement pas intéressé par ce type de livre. La magie dans l'intérêt de la magie hors de propos. Si ce microphone pouvait se lever et danser, quelle différence cela fera-t-il dans ma vie ? Le fait qu'il ait de la magie est hors de propos. Le fait qu'il puisse faire quelque chose de magique est sans importance, à moins que je puisse employer cette magie pour atteindre des buts valables, ou pour surmonter des obstacles afin de les atteindre.

Laissez-moi vous donnez un exemple de ce qui m'irrite le plus au sujet des fictions, et je vous dirais ce que j'aime le mieux à son sujet, et pourquoi j'écris des fictions.

La chose qui m'irrite au sujet des fictions est que... prenons une histoire dans laquelle un homme doit sauver sa fille ; sa fille va être enlevée à l'école. Il saute dans sa voiture, tourne la clef, démarre le moteur, et fonce à la recherche de sa fille. Si c'était un livre de fiction, certains diraient, « hé, attendez une minute. Comment fonctionne le système de l'injection de carburant de son moteur ? » Ils manqueraient le point de pourquoi il est important que le type aille sauver sa fille.

Puis, plus tard dans le livre, quand il doit rassembler la rançon et l'apporter dans les temps, il monte dans sa voiture, pompe sur la pédale de gaz, puis démarre la voiture et repart à fond. Si c'était une fiction, il y aurait quelques fans de fiction qui diraient, « Attendez une minute. À la page 23 vous dites il a tourné la clef et que le moteur s'est mis en marche, ce qui indiqueraient qu'il s'agit d'un moteur à carburant injecté, mais à la page 275, il a pompé la pédale de gaz, ce qui semblerait signifier que c'est un moteur à carburateur. Lequel est-ce ? Comment pouvez-vous avoir cette étrange dichotomie ? Qu'est-ce que cela signifie réellement ?

Quand je ne vois pas l'importance de telles questions, quelques personnes deviennent malheureuses. Je peux voir pourquoi elles sont malheureuses : elles les regardent avec une perspective différente. Mais vous devez comprendre que je m'inquiète seulement de si le type sauve sa fille. Je ne m'inquiète pas de si sa voiture a un moteur à carburateur ou un moteur à carburant injecté, ou combien de fois il appui sur la pédale de gaz. C'est ce  que je n'aime pas dans les fictions : cette confiance inexacte dans la minutie qui n'est pas pertinente pour l'histoire.

Je vais maintenant vous dire ce que j'aime dans les fictions, et pourquoi j'aime écrire des fictions : la fiction vous permet d'explorer des thèmes humains importants. Je vais vous en donner un exemple.

Dans le manuscrit de "La Première Leçon du Sorcier", qui est deux fois plus gros que le livre parce que ayant des espace doubles, il y a une minuscule petite scène de torture avec une femme nommée Denna, qui dure 70 pages. (Rire) Quand mon rédacteur l'a vue la première fois, il m'a dit « Terry, c'est trop direct, nous devons réduire la torture et la violence explicite. »

La raison pour laquelle il a dit cela est que j'avais réussi à accomplir mon objectif, et que mon but n'était pas d'écrire au sujet de la torture. Mon but était d'écrire au sujet de la vraie nature de l'abus. La vraie nature de l'abus n'est pas la violence ou la torture. Ce que je faisais dans cette scène était de vous montrer de manière vivant la vraie nature, la vraie terreur, de l'abus.

J'ai fait cela en vous emprisonnant dans l'âme de Richard. Une fois que je vous ai emprisonné dans son âme,  vous devenez, vous aussi, un captif de Denna.

La raison pour laquelle c'est si terrifiant est que vous ne pouvez pas négocier votre sortie, vous ne pouvez pas acheter votre sortie, vous ne pouvez pas vous échapper, et, d'une manière plus importante, vous ne pouvez pas raisonner votre sortie. À la base de la survie humaine se trouve la raison. Richard ne peut pas employer cette faculté humaine si importante qu'est la raison pour s'échapper.

C'est la terreur de l'abus : l'abandon.

Quand vous comprenez comment c'est d'être délaissé, et sous le contrôle d'un autre individu qui est irrationnel, alors vous connaissez la véritable terreur de l'abus.

Maintenant, si j'avais écrit une histoire au sujet d'un homme marié à une femme, qu'il boive et la batte tout le temps, et qu'elle est emprisonnée dans cette relation, cela pourrait vous passer au-dessus de la tête, parce que vous l'avez entendue tant de fois.

La fiction me permet de vous montrer d'une nouvelle manière pourquoi l'abus est aussi dégradant - d'une manière que vous n'avez jamais vue, parce qu'elle vous surprend en obtenant ce résultat, de cette manière, et vous vous découvrez emprisonné dans ce personnage, Richard. Vous comprenez alors ce qu'il éprouve.

Quand mon rédacteur et moi avons repris ce passage, ligne par la ligne, phrase par phrase, il a découvert qu'il y avait seulement une page, ou une page et demi, au début, où était réellement décrit la violence physique. Le reste des soixante-dix pages sont si douloureuses parce que vous comprenez, maintenant, à quel point l'abandon est horrifiant.

C'est pourquoi j'aime écrire des fictions.

Plus important, vous tombez amoureux de Denna - quoique, au début, vous voulez que cette femme meure mille fois de mille manières différentes. Vers la fin, vous finissez par vous identifier à elle, et par l'aimer. Comment  cela se produit-t-il ? Qu'est-ce qui vous fait passer de la haine à la compassion pour cette femme ?

Ce qui vous fait changer est que Denna fait quelque chose qu'elle n'a jamais fait avant : elle commence à utiliser sa volonté. Elle commence à prendre des décisions par elle-même - à penser. Elle commence à comprendre que la vie a de la valeur, et elle en vient à comprendre la valeur de la vie. Elle en vient à comprendre la valeur de la vie de Richard. Puisqu'elle fait cette transition du monstre à l'être humain pensant, quoiqu'elle ait fait des choses horribles, vous pouvez l'apprécier.

C'est pourquoi j'aime écrire des fictions. C'est pourquoi je pense que la fiction à une valeur. Tels sont les genres de choses que je veux utiliser pour la fiction. Ainsi je pousse l'enveloppe de ce qu'est la fiction parce que j'ai ma propre mission de ce que ce que je veux faire.

Quand j'écris, je me raconte une histoire à moi-même. Cette chose que je créé, quand je la créé, est mienne et à moi seul. Dans "la Foi des Réprouvés", quand Richard parle de comment il se sent envers l'art, il parle pour moi. Il décrit ce que je pense de ce que je fais. Quand Richard décrit ses sentiments, c'est moi décrivant mes sentiments.

L'amusement vous avez quand vous lisez un roman est le même sentiment d'amusement que j'ai quand je suis en train de l'écrire. J'essaie d'avoir cet amusement sept jours par semaine. C'est le travail le plus formidable que je pourrais avoir. C'est mon ambition la plus noble, mon but le plus noble. Je ressens également une profonde responsabilité envers les lecteurs. J'écris toujours pour moi et pour les lecteurs intelligents. Je ne laisse jamais de note pour les lecteurs. Tout le monde ne comprends pas, mais je pense que la plupart des gens si.

Je pense que les lecteurs ont faim de choses qui ne les traitent pas comme des enfants idiots, mais de choses qui parlent à leurs valeurs, qui parlent des choses qui sont importantes dans leur vie. Ainsi, quand j'écris, j'ai ce moment extrêmement plaisant et je me raconte cette histoire, j'écris le monde qui est pour moi réalité recréée de la façon dont le monde devrait être selon moi, à la façon dont, comme Aristote le dit, le monde peut et doit être, la façon dont les individus peuvent et doivent vivre, et c'est ce qui est important.

Afin d'accomplir ces buts, je dois écrire de façon concrète. Quand j'essaye d'exprimer un concept, tel que "la liberté est bien, l'esclavage est mauvais", pour quelqu'un en prison, cela signifie que sortir de prison est bien, et qu'être en prison est mauvais. Pour quelqu'un qui vit sous un régime répressif, et à sa famille emportée durant la nuit et assassinée, elle veut dire quelque chose d'entièrement différent ; ainsi je dois vous donner des exemples concrets de pourquoi les choses que j'énonce sont significatives.

Pourquoi l'amour est-il plein de sens ? Quelles sont les valeurs dans aimer, faisant que les relations sont importantes ? Je veux recréer en ce monde un rapport affectueux dans lequel deux êtres humains montrent ce que l'amour peut être. Cela ne signifie pas qu'ils s'entendent toujours. Quand Kahlan devient folle de  Richard, par exemple quand il a oublié de lui dire qu'il était déjà marié, une réaction humaine normale est de se mettre en colère. (Rire) Quand vous vieillissez, vous en arrivez à comprendre que si vous vous mettez en colère contre quelqu'un que vous aimez, ce n'est pas pour ça que vous ne l'aimerez plus. Vous pouvez être fâché contre la situation et vouloir qu'ils corrigent son comportement, mais cela ne signifie pas que vous ne l'aimez plus.

Les choses que les gens aiment chez les autres sont les choses qu'ils aiment au sujet d'eux-mêmes. Je suis une personne fidèle, donc j'apprécie ce trait chez d'autres. Un voleur de bijoux pourrait aimer une femme qui est bonne comme voleuse de bijoux parce qu'il apprécie cela chez lui. Nous cherchons ces valeurs que nous aimons au sujet de nous-mêmes. Si nous ne nous aimons pas, si nous ne pensons pas que nous sommes précieux, si nous ne pensons pas que notre vie individuelle soit importante, alors nous cherchons des rapports destructifs.

Je ne veux pas écrire au sujet du triomphe de personnes destructives. Je veux écrire au sujet de personnes qui ont des valeurs que j'apprécie, des valeurs qui je respecte, qui triomphent.

C'est un livre concernant le triomphe des idées, le triomphe de la noblesse de l'esprit humain, sur comment vous pouvez être le meilleur que vous puissiez être, et sur comment les idées peuvent surmonter la force. C'est un livre élevant et inspirant, et j'en suis très fier.

Maintenant, si quelqu'un a des questions, je serais heureux de lui répondre.

Est-ce que nom de la série, "l'Épée de Vérité", se réfère non seulement à l'arme, mais peut-être également à Richard - je pense que c'est son arme la plus forte - son sens de la raison ?

C'est exact. Le nom de la série - "l'Épée de Vérité" - signifie à un niveau supérieur que c'est une arme utilisée pour chercher la vérité. C'est la forme métaphysique du but épistémologique de la recherche de la vérité. L'épistémologie est une science consacrée à la découverte des méthodes appropriées pour acquérir et valider la connaissance. Le but de Richard est de découvrir la vérité. Tel que Zedd le lui a indiqué et tel qu'il l'a souvent réalisé, l'épée n'est pas la vraie arme, l'esprit humain derrière elle l'est. L'épée est juste un outil.

C'est la même chose dans la vie. Nous survivons par notre capacité de raisonner, par la vérité. C'est pourquoi la non pensée signifie la mort. C'est pourquoi l'écriture non objective, l'écriture sans aucun but, l'écriture au sujet d'un monde qui est juste une série d'événements aléatoires, n'est pas au sujet de la vie parce que les êtres humains sont des créatures de volonté qui ont besoin de leur capacité de raisonner afin de survivre.

Les êtres humains survivent en employant la causalité finale. Il y a deux genres de causalité : efficace et finale. La causalité efficace est, par exemple, quand je frappe sur la table avec ma main, et qu'elle fait un bruit. La cause du bruit est ma main frappant la table - qui est causalité efficace.

L'Homme peut uniquement agir à bon escient vers une causalité finale - vers un but dans le futur. Quand vous construisez une maison, par exemple, vous ne jetez pas des pièces de bois de 2 pouces par 4 et n'espérez pas qu'ils descendent en formant une maison. Vous employez le processus de la causalité efficace - vous frappez sur un clou et la réaction est que le clou s'enfonce dans le bois afin de les clouer ensemble en formant une maison. Vous faites un modèle ; vous savez à quoi va ressembler la maison à la fin parce que vous l'avez d'abord visualisée dans votre esprit. Vous utilisez alors consciemment la causalité efficace pour réaliser cet objectif final - la causalité finale.

C'est la même chose pour un roman. En employant la causalité efficace, qui est ce que font les gens durant l'histoire, ont créé une intrigue, et vous obtenez la cause finale, qui est l'apogée. L'intrigue est une progression logique des événements vers un but. Il doit y avoir un but parce que les êtres humains doivent avoir des buts dans leur vie, ou bien ils errent dans la vie en tant qu'entités non pensantes. Vous devez avoir un but. Ce ne doit pas être quelque chose comme devenir romancier, docteur, astronaute. Le but peut être d'être un mari affectueux et d'élever une famille ; pour faire passer des idées d'intégrité et de valeurs. Mais vous devez avoir des buts dans la vie, autrement vous errez sans but.

Dans le premier livre, le flamme-nuit dit à Richard « prononce mon nom, Shar,  devant les autres flammes-nuit, et ils t'aideront. » Est-ce que cela va se produire dans un des futurs livres ?

Peut-être. (Rire) Je ne veux éluder pas votre question ; c'est une question honnête. J'ai l'intention de vous donner la meilleure réponse que je puisse vous donner, qui est de dire, en ce moment, que je n'ai pas d'indice quant au sujet du prochain livre, parce que je me suis entièrement consacré à l'écriture de "la Foi des Réprouvés". J'écris chaque livre de cette façon. Je ne pense pas à ce qui se passera après parce que je pense à ce livre. Je dois travailler à l'intrigue, à la structure, aux personnages et à l'intégration de tous les thèmes dans ce livre. C'est une tâche très difficile. C'est amusement, mais c'est un dur travail. Ainsi, je ne pense pas à ce qu'il y a après. Je ne sais pas si Richard va prononcer le nom de Shar dans un autre livre. C'est la première partie de la réponse.

La deuxième partie de la réponse est que même si je le savais, je ne pourrais pas vous le dire. (Rire) Pas parce que j'essaye d'être évasif, mais parce que l'acte d'écrire est une entreprise dramatique très personnelle. Si je dis des choses à des gens, cela prend feu en dehors de cet acte de création. Quand vous écrivez, vous invitez votre subconscient à vous fournir l'information dont vous avez besoin pour accomplir votre but consciemment dirigé. Cela peut sembler complexe mais vous le faite tout le temps, par exemple, quand vous vous dites à vous-même, quel est mon numéro de téléphone ? Votre numéro de téléphone est stocké dans votre subconscient. Vous n'y pensez pas tant que vous n'en avez pas consciemment besoin, puis vous l'appelez dans votre esprit conscient.

La création d'un roman est quelque chose de si complexe, de si vaste, qu'il n'y a aucune manière que quiconque puisse conserver en même temps toutes ces informations dans leur esprit conscient. Prenez le petit problème d'écrire une description d'un coucher du soleil. Le coucher du soleil va-t-il être sinistre ou romantique ? Vous devez appeler de votre subconscient les mots qui feront de lui l'un ou l'autre, qui donnera ce sens au lecteur. Vous devez avoir cette information là en premier lieu. Durant toute notre vie, nous acquérons continuellement des informations. C'est une raison pour laquelle un premier niveau ne peut pas écrire un roman brillant. Il n'a simplement pas les informations nécessaires.

Il y a trois ou quatre ans, je n'aurais pas pu écrire "la Foi des Réprouvés". Je n'avais pas intégré assez de concepts et d'idées afin d'en arriver au point où je puisse les ressembler dans un livre si exigeant. Je le peux, maintenant, parce que j'ai établi ces connexions dans mon subconscient.

Ce que vous devez faire est de comprendre tous les personnages, au point que vous puissiez parler en leur nom. Quand nous avons une conversation, et je vous pose une question, vous répondez de votre chef. Il est facile pour vous de le faire parce que vous avez une longue expérience pour parler pour vous-même, ainsi vous n'avez aucun problème pour répondre. Les personnages engagés dans la conversation révèlent leur personnage. Je dois savoir comme sont ces personnages, de sorte que je puisse parler à leur place sans hésitation.

Je vais vous donner un exemple de la façon dont ceci fonctionne. Quand Richard parle la première fois à Zedd de Kahlan, s'il avait dit, « Je dois te présenter cette fille – attends de voir le superbe corps qu'elle a », cela vous aurait appris quelque chose au sujet de Richard. Au lieu de cela, Richard dit, « Je dos te présenter Kahlan » - ou quelque chose de ce genre - « je me sens comme si je l'avais toujours connue. » Cela indique quelque chose de profondément différent au sujet de Richard.

Vous devez connaître le personnage afin de parler en son nom. Je dois connaître assez Richard pour savoir qu'il ne ferait pas ce premier commentaire au sujet de Kahlan. Je dois connaître assez Kahlan pour savoir ce qu'elle dirait. Je connais assez Richard et Kahlan pour pouvoir parler de leur nom dans n'importe quelle situation imaginable. Je sais ce qu'ils répondraient. Je sais ce qu'ils ressentiront.

Je dois penser de la sorte pour chaque personnage. Quand vous écrivez un dialogue et que vous appelez rapidement ces choses de votre subconscient et sans à-coup, on se sent comme si quelqu'un acheminait l'information vers vous, et que vous n'avez plus qu'à l'écrire. C'est un malentendu au sujet du processus d'écriture et un piège dans lequel les auteurs tombent - penser qu'ils obtiennent leur inspiration d'une source mystique. L'inspiration vient à ceux qui travaillent dur. Ainsi, quand j'écris et ressens cette sensation, je comprends intellectuellement qu'elle est mon propre subconscient m'alimentant en informations dont j'ai besoin quand j'en ai besoin - ce que Richard dirait, ce que Kahlan dirait - et c'est comme si les personnages parlaient et me disaient quoi écrire. Mais je sais que c'est mon propre subconscient me fournissant l'information que je lui ai préalablement fournie.

C'est un processus qui exige une concentration intense et un sens du drame. Si je dis aux gens ce qui va se produire, c'est un peu comme supprimer l'amusement en racontant une blague après que vous l'ayez racontée une centaine de fois. Cela devient impassible, non amusant, inintéressant. Je ne dis pas aux gens ce qui va se produire, pas parce que je suis avare en informations, mais parce que cela nuirait au processus de l'écriture.

Ainsi, je ne peux pas répondre à la question, d'abord parce que je ne sais pas de quoi parlent les futurs livres, et deuxièmement parce que même si je le savais, j'ai peur de ne devoir refuser à nouveau.

Avez-vous déjà commencé à travailler sur le prochain livre ?

Pas encore, parce que je suis en tournée, et dois rencontrer un bon nombre de gens formidables. C'est une occasion pour moi de dire merci aux gens qui sont assez aimables de m'offrir une partie de leur vie afin que je puisse pour leur raconter une histoire.

Nous savons un peu à quoi ressemble Richard, qu'il est fort, qu'il est beau, mais qu'est-ce qui le rend si attirant pour les gens ?

Un simple mot : sa volonté. Richard est un personnage usant de son libre arbitre. C'est un personnage intéressé par la vérité, et la vérité est essentielle à la vie. C'est une personne pleine de respect pour la vie - celle des autres et la sienne. Richard a conscience de sa propre valeur. Il sait que c'est la seule vie qu'il aura ; il ne va pas la gâcher.

À un niveau plus supérieur, une des techniques que j'emploie généralement est de ne pas décrire les personnages importants en détails. Je peux décrire en détail un personnage moins important, ou un bandit. La raison en est que si je dis que Richard est beau, vous complétez le reste sans vous en rendre compte. Je vous donne ces espaces vides de sorte que pendant que vous lisez - je remplis ce monde avec la couleur, la lumière, le bruit, le mouvement, l'action et laisse ce petit blanc - votre esprit le complète avec ce à quoi Richard ressemble. Vous le complétez en fonction de votre propre concept de la beauté. Ce serait une erreur que de vous décrire Richard comme beau dans une certaine manière, parce qu'il ne sera pas beau pour tout le monde. Si je devais décrire en détails à quoi Richard ressemble, et dire qu'il est beau, se serait faux. Je vous dis que Kahlan pense qu'il est le plus bel homme qu'elle n'ait jamais vu, ou que Kahlan aime ses yeux gris, ou quelque chose dans le genre, et vous permet de compléter les détails de sorte que vous ajoutiez votre propre imagination au livre.

En outre, je ne m'oppose pas à la façon dont les gens prononcent les noms. La première chose que les gens demandent est "comment prononcez-vous son nom ? " Ils ont peur de le dire. Kay-lun est la façon dont je le prononce. Certains le prononcent différemment. La plupart des noms sont très simples à prononcer parce que je ne pense pas qu'il soit juste d'employer des noms imprononçables. Quand j'ai un nom que vous n'avez jamais vu auparavant, j'essaye de le rendre facile et phonétique.

En outre, puisque je suis dyslexique, je suis le plus mauvais correcteur d'orthographe au monde. Quand j'ai écrit pour la première fois au sujet Soeur Nicci, je l'ai orthographié N-i-c-c-i parce que j'ai pensé que l'on épelait Nicci de la sorte (prononcer Nikki) Maintenant certains me disent que ce n'est pas ainsi qu'ils épellent Nicci. Certains le prononcent Nitchi-i.

Bon, c'est correct. Je m'en fous. La raison pour laquelle je ne m'occupe pas de comment les lecteurs prononcent les noms est que je pense qu'une histoire est accomplie quand elle existe dans votre esprit. Vous ajoutez votre expérience de la vie à cette histoire. Vous ajoutez votre intellect, vos émotions, vos sentiments, vos valeurs, votre éthique à l'histoire. Si vous voulez que le héros regarde de cette façon, ou le regard de héroïne de cette façon, là où je ne l'indique pas, je trouve cela formidable. Vous ajoutez une partie de vous-même à l'histoire ; vous la rendez plus personnelle.

Comment vous prononcez les noms est la même chose. C'est votre propre monde personnel, maintenant. Vous avez acheté le livre, il est à vous, et vous donnez une partie de votre vie en échange pour moi de vous raconter cette histoire. Il est entièrement légitime pour que vous le prononciez comment vous le vouliez. Mais je le prononce Kay-lun.

Vous avez fait référence au fait que vous êtes dyslexique. J'ai un désordre déficient de l'attention. Comment surmontez-vous cela en termes d'écriture professionnelle ? Je suis actuellement dans un groupe d'auteurs.

C'est la façon dont je décris la dyslexie : la dyslexie est presque aussi ennuyeuse que le fait que je soit censé avoir trois bras, mais je les ai pas, et dois ainsi me contenter de deux.

C'est une question de perception. Je n'ai pas avancé dans la vie en pensant « oh, je suis dyslexique, et je dois le surmonter. » Vous faites simplement ce que vous devez faire. J'ai un problème de déchiffrement des mots. Si j'essaye de lire trop vite, j'interprète mal les mots. Je lis lentement parce que je peux comprendre les mots si je prends mon temps.

Je pense que la question est comment surmontez-vous ce problème et quel effet cela a sur votre écriture ? Il y a toujours des obstacles. Je pense que si je dois en avoir un, je vais choisir la dyslexie, parce qu'il y a beaucoup d'autres obstacles véritablement infernaux.

Je suis intéressé par le développement des personnages. Avec vos origines artistique, avez-vous vos rendus de ce à quoi vos personnages ressemblent ? Les dessinez-vous ?

Non. Dans mon esprit je sais à quoi ils ressemblent. Être un artiste m'aide à écrire parce que quand vous peignez, il est important de sélectionner ces choses en réalité qui transmettent à l'observateur le sens de la scène. Par exemple, dans la caricature d'une personne, un artiste peut choisir juste quelques lignes pour faire un visage qui ressemble à Bob Hope.

Quand vous écrivez, vous faites le même genre de chose. Vous devez choisir les choses de la scène qui la dépeignent dans un temps le plus bref possible - à moins que vous vouliez utiliser de l'espace pour épaissir le livre. (Rire) Je peux sélectionner ces choses qui recréent la réalité de la scène ; je peux vous la faire voir dans votre tête. Je pense qu'être un artiste m'aide à le faire.

Vous avez dit que vous écriviez seulement un livre à la fois, alors vous devez avoir un but global à l'esprit ? La fin vous attrapera-t-elle par surprise ?

J'ai un concept de la façon dont je veux que la série finisse, quoique certaines choses changent durant l'écriture

Quand j'ai écris "le Temple des Vents", je ne savais si j'allais pouvoir écrire un autre livre de ce niveau. Je mettais tout que j'avais dedans, et je ne savais comment je pourrais le surpasser. À ce moment-là, je ne pouvais pas  envisager "la Foi des Réprouvés". Je n'avais pas un indice au sujet de l'histoire de "la Foi des Réprouvés".

Ce que je fais est que j'écris chaque livre comme roman qui se tient tout seul. Vous pourriez prendre "la Foi des réprouvés" sans n'avoir jamais avoir lu aucun de mes livres et le comprendre comme un roman complet et indépendant. Il a un commencement, un milieu, et une fin. Je fais cela très délibérément, parce que je ne veux pas finir la série prématurément. Ce que je veux dire par cela est que je ne veux pas manquer d'écrire un livre comme "la Foi des Réprouvés". Si j'avais dit, "bon, il va y avoir cinq livres dans la série", j'aurais fini la série sans jamais avoir écris  "la Foi des Réprouvés".

Je ne veux pas me mettre de limite artificielle, ni à ma créativité, en disant maintenant qu'il y aura huit livres, douze livres, ou cent livres dans la série. Il pourrait y avoir seulement sept livres. Je pourrais m'asseoir pour écrire le livre sept et dire,"bien, c'est la fin".

C'est juste que je ne sais pas. Je suis très frustré avec le genre qu'est la fiction. Il y a beaucoup de problèmes dans l'écriture de fictions. J'entre dans des aéroports durant cette tournée, et je suis le numéro deux sur la "New York Bestsellers List", et mon livre n'est pas dans les librairies d'aéroport. Tous les autres livres de la "New York Bestsellers List" sont là, mais pas le mien - parce que c'est de la fiction. Et je pense en moi-même " pourquoi suis-je en train de combattre ceci ? Pourquoi est-ce que j'essaie de nager contre le courant ? Je pourrais écrire un roman traditionnel ; Je n'écris rien qui soit unique et qui doive être placé dans un monde fantastique. Je peux écrire un ensemble d'histoires dans un roman traditionnel. »

Je serais juste heureux d'écrire un roman traditionnel parce que j'aime écrire des histoires au sujet des gens. Le monde est hors de propos. Je ne créé pas de monde.

Beaucoup de gens m'appellent maître dans la création de monde. Je n'en prends pas offense parce que je comprends leur contexte quand ils disent cela. Comme je l'ai expliqué, je n'aime pas les livres de pur "monde-fictif", mais cela ne signifie pas que je n'invente pas de monde dans mes livres. En ce sens, John Grisham est un créateur de monde, Tom Clancy est un créateur de monde, parce que vous devez créer le monde pour que le livre y soit placé. Chaque personnage correctement dessiné créer un monde pour le lecteur.

Ma grand-mère vient d'Italie. Quand j'étais petit, elle me racontait quelle était sa vie en tant que jeune fille en Italie, elle était une créatrice de monde dans ce sens. J'ai appris les détails de comment sa vie était. Les collines où elle a travaillé pour couper le blé, et comment elle travaillait toute la semaine dans les champs et enlevait les cailloux, et comment à la fin de la semaine elle avait assez d'argent pour aller en ville pour acheter le matériel et le fil afin de faire une robe. C'était un "monde-fictif", mais à travers sa vie. Elle ne m'a pas parlé des rois d'Italie ni de leurs descendants, ni des princes, ni de quelle guerre a eue lieu il y a trois cents ans. Elle m'a raconté ce que c'était que de couper le blé à flanc de coteau dans le soleil d'été, ou de presser des olives, de sorte qu'elle puisse gagner assez d'argent pour acheter le matériel afin se confectionner une nouvelle robe qu'elle a chèrement voulu. C'est un "monde-fictif" à la manière que je bâtis des mondes : par la vie des personnages, par leurs yeux.

Dans "la Foi des Réprouvés", j'ai réussi à faire quelque chose qui était vraiment amusement à faire pour moi. J'ai réussi à revisiter une scène de "la Pierre des Larmes" par les yeux d'un personnage différent, vous donnant une vue légèrement différente de la scène. Vous réussissez à voir le monde par les yeux de Soeur Nicci. Vous voyez sa personnalité modifier une scène que nous avons précédemment vue par les yeux de Richard. Elle créé une torsion différente sur le monde, parce que le monde pendant que je l'écris est ce qui est contenu dans l'esprit de chaque personnage.

Chaque personnage apporte avec lui ce qui lui est remarquable au sujet de leur monde. Si vous parlez à un constructeur de bateau, son monde est fait de bois et d'outils et de la construction de navires. Si vous parlez à un jockey, son monde est différent. Ils peuvent vivre à un demi mile l'un de l'autre, mais leur monde est produit par leur point de vue. C'est la façon dont j'aime faire ressortir les personnages et la manière dont je présente le monde.

À quel point pensez-vous que vous incorporez votre philosophie personnelle dans votre écriture ?

Tout ce que vous écrivez, et comment vous l'écrivez, trahit votre philosophie. Si vous pensez que la vie est sans signification, et que les êtres humains ne peuvent pas affecter le cours de leurs propres vies, alors ce que vous écrivez va trahir cela. Vous écrirez une histoire non objective au sujet de quelqu'un, comme un trafiquant de drogue, à la merci du destin, qui erre sans but dans la vie. Non seulement votre écriture trahit votre philosophie, mais votre intention consciente l'amplifie. J'écris consciemment le genre d'histoires dont je suis fier.

Vous raconter une histoire à partir du point vue de nombreuses personnes, comme vous racontez l'histoire de Richard, et Kahlan peut être dans un endroit différent, et avoir elle aussi son histoire. Ils ont habituellement des pages à part, et elles sont vraiment intenses. Est-ce que vous pensez à elle comme l'histoire de Richard et comment elle finira, ou comme à l'histoire de Kahlan et comment elle finira ? Les rassemblez-vous ensemble ? Ou à la fin ? Comment les rassemblez-vous toutes ensembles ? Comment l'intégrez-vous à la fin ? Comprenez-vous ce que je veux dire ?

Oui - comment est-ce que je garde droit tous ces fils d'intrigue et d'intrigues secondaire dans différents endroits et avec différents personnages ? Comment est-ce que je les maintiens tous de sorte qu'ils viennent ensemble à la fin ?

Je peux maintenir les lignes d'intrigue mentalement. J'ai dans mon esprit l'endroit où tout le monde se trouve à tout moment. Pour moi c'est juste une partie du travail, une partie de la façon de raconter une histoire. Cela exige une énorme concentration. Je compte également sur, et fais confiance, à mon subconscient comme je l'ai dit plus tôt.

Après que Franca Gowenlock eut été mise à mort, Dalton Campbell a-t-il ressenti quelque chose ? Il m'a semblé engourdi, comme si son esprit avait été tué. A-t-il ressenti quelque chose pour Franca ?

C'était une personne à qu'il accordait de l'importance, et il ne l'a pas réalisé. Je ne veux pas trop en dire pour ceux qui n'ont pas lu le livre, mais quand elle est morte, il s'est alors rendu compte que les choses auxquelles il tenaient étaient creuses. C'est pourquoi il a fait ce qu'il a fait, après. Il a réalisé que les choses auxquelles il tenait ne confirmaient pas la vie, mais embrassaient la mort.

Dans "la Pierre des Larmes", il y a une scène, après que Richard ait été capturé, où il a détruit les mors des chevaux de Soeur Verna parce qu'il les trouvait cruels. Cela m'a semblé symbolique de ce qui se produira plus tard avec le Rada'Han, et de la façon dont elles commandent les garçons par la force. Quand vous écriviez cette scène avec les mors des chevaux, pensiez-vous à ce qui se produirait plus tard ? Ou est-ce que quelque chose qui s'est développé pendant que vous l'écriviez ?

J'ai écrit cela avec une claire et consciente préméditation, et dans cette intention. Le symbolisme, pour être efficace, doit être lisible. Si j'écris quelque chose de symbolique et que personne ne le remarque, alors il est injustifié. Cette scène était symbolique, montrant les sentiments de Richard au sujet du commandement et du collier. Elle a symbolisé le thème plus vaste qu'est le commandement. Vous l'avez parfaitement bien comprise.

Constatez-vous que, alors que vous écrivez, vous devez faire beaucoup de recherche ? Si c'est le cas, les faites-vous vous-même ?

Oui, aux deux questions. Chaque livre que j'ai écrit a vu son lot de recherche, d'une façon ou d'une autre. Pour "la Pierre des Larmes", j'ai dû me renseigner sur les chevaux afin de ne rien raconter d'idiot. Pour "l'Âme du Feu", par exemple, j'ai dû faire beaucoup de recherche sur les festins médiévaux et la nourriture, parce qu'il y avait beaucoup d'intrigue politique durant les festins.

Pour "la Foi des Réprouvés", j'ai dû faire beaucoup de recherche sur la sculpture sur marbre et le travail de la pierre. Je sais comment sculpter la pierre et la polir, mais je ne savais comment ils le faisaient durant l'ère préindustrielle. Je peux utiliser les outils modernes pour faire un tel travail, mais j'ai dû savoir comment les tailleurs de pierre durant les 13, 14, et 15ème siècle ont accompli ce qu'ils ont fait et quels outils ils ont utilisés. Il n'y a pas beaucoup de recherche précisément sur ce qu'ils font. Nous avons également partiellement sculpté des statues afin de connaître les outils utilisés.

Une des choses que j'ai découverte en faisant des recherches au sujet des carrières en Italie, à Carrare, était au sujet de certaines des nourritures qu'ils ont mangées. Une de celle-ci était le lardo. Le lardo est une graisse de porc qui est traitée pendant une année dans des cuves de marbre, avec de la saumure et des épices. C'est un vrai aliment qui est mangé par des ouvriers de carrière depuis des milliers d'années, ainsi je l'ai employé dans la "Foi des Réprouvés".

Après que j'ai écrit le livre, un ami qui est docteur l'a lu, et m'a dit  "je ne savais que tu connaissais le lardo". Je lui ai dit que j'avais fait des recherches et lui ai raconté ce que j'avais appris à ce sujet. Il m'a parlé de quelque chose que je ne savais pas. Le lardo est une curiosité médicale. On a découvert que quand il est traité dans des baquets de marbre pendant une année, le carbonate de calcium contenu dans le marbre extrait le cholestérol de la graisse de porc. Ainsi, le lardo est la seule graisse exempte de cholestérol. Il a été une source saine d'énergie pour les tailleurs en pierre durant des milliers d'années.

Lardo est un mot étrange, mais je l'ai employé parce que je pense que c'est une chose fascinante qui existe vraiment. Habituellement, je compose un mot qui a une base dans une langue spécifique. Dans ce cas j'ai gardé le vrai mot.

D'où vous viennent vos idées pour les noms ? Faites-vous des recherches sur différentes cultures ?

Les noms sont extrêmement importants pour moi. Ils portent des connotations qu'il est difficile de mesurer. Darken Rahl est menaçant dès la première fois que vous l'entendez. Je ne suis pas entièrement sûr de pourquoi il en est ainsi. Je sais qu'il est menaçant, mais je ne pense pas que je pourrais vous donner une analyse précise de pourquoi. Une partie de cela à avoir avec la sonorité des mots. Je sais que si le nom avait été Clarence, il n'aurait pas été aussi menaçant. (Rire)

Parfois un nom apparaîtra dans ma tête et il sera parfait. Comme la petite fille Rachel. Elle était Rachel dès le premier instant où je l'ai imaginée. Parfois, je passe deux jours à essayer de trouver un nom pour quelqu'un, parce que je veux que ce soit le bon nom, et je ne veux pas qu'il porte une mauvaise connotation. Je rechercherai des noms, je noterai des noms pour voir à quoi ils ressemblent, je ferai un certain nombre de choses, comme rechercher la source des noms, jusqu'à ce que j'en trouve un qui s'adapte. C'est souvent difficile et cela peut prendre du temps, mais je n'emploierai pas un nom jusqu'à ce qu'il me semble correspondre.

Quel genre de choses essayez-vous de montrer au sujet de l'humanité par le personnage de Shota ?

Richard avait des idées préconçues au sujet de Shota parce qu'elle est membre d'un certain groupe : les magiciennes (witches). Ceci montre comment les gens font l'erreur de ne pas évaluer des individus, mais, au lieu de cela, évaluent quelqu'un en tant que membre d'un groupe.

Cette façon confuse de penser mène à des choses comme la déshumanisation du concept de "crimes de haine". Ce que les "crimes de haine" font est de dire ce qu'est la vraie mesure du crime dans l'esprit du meurtrier. Ce qu'il pensait qualifie le crime - plutôt que le fait qu'il ait pris une vie humaine. La notion même de "crime de haine" est fanatique ; elle dépouille la vie de la victime de sa valeur, et montre à la place l'importance de leur adhésion à un groupe. C'est une tentative d'éliminer l'importance de la vie de l'être humain qui a été assassiné, et d'établir à la place que le "vrai" crime est qu'un membre d'un groupe, pas un être humain, a été attaqué.

Ces notions perverses laissent dans leur éveil les jeunes qui n'ont aucun but dans la vie, parce que la vie elle-même a été dévaluée pour eux. Ce que société leur dit, c'est que la vie humaine n'a pas valeur - parce que ce sont les pensées qui rendent un crime sérieux. Quand vous dites que les pensées peuvent faire du meurtre une infraction plus sérieuse, vous dévaluez la vie humaine.
           
Quand les pensées sont des crimes, alors les gens commencent toujours à décider quelles pensées sont "les bonnes" et quelles pensées sont "les mauvaises". C'est seulement une question de temps - depuis que la vie n'a plus de valeur, et les pensées sont le signe de la valeur -  avant que les gens par millions soient guidés dans des chambres de gaz, ou que les personnes par millions soient affamées, parce qu'elles n'ont pas les bonnes "pensées". Elles ont la mauvaise religion, ou la mauvaise culture, ainsi ces membres d'un groupe avec leurs mauvaises pensées doivent mourir pour ces "crimes".

C'est en partie ce que j'essaye de montrer avec Shota. Quand vous la voyez pour la première fois, vous savez elle est une magicienne (witch), et vous avez un préjudice contre elle parce que vous pensez que vous savez comment elle est. C'est ce que Richard fait - c'est l'erreur qu'il a faite. Quand il en vient à comprendre son erreur, il la corrige en commençant par l'identifier en tant qu'individu. Richard, et plus tard Kahlan, juge finalement Shota en tant qu'individu, par ce qu'elle est réellement. En faisant ceci, Richard a pu découvrir la vérité qui l'a aidé à triompher.
           

Est-ce intentionnel que Jagang et frère Narev soient semblables au pape ?

Non. Jagang et frère Narev sont semblables à n'importe quel chef de collectiviste à travers l'Histoire. Ils se conduisent tous plus ou moins de la même façon. La religion peut être accablante et les chefs religieux peuvent se comporter de la sorte, mais la religion n'est pas le trait de distinction. Jagang et Narev sont également les mêmes que le vrai Dracula, que Pol Pot, que Saddam Hussein, que Mao Zedong. Ils tous sont des dictateurs qui prêchent que chacun doit se sacrifier pour un bien plus grand. Tandis que ces chefs gagnent en puissance personnelle, ils laissent toujours un legs de cadavres, en nombre presque inconcevable.

J'ai entendu certains comparer Darken Rahl à Darth Vader, comme dans « Richard, je suis ton père. »

(Rire) I know that's not the case-answer: Then that's all that matters.

Mais y a-t-il quelque chose que vous explorez avec lui ?

Et bien, nous sommes ici à cause de nos parents. Nous faisons partie de nos deux parents. C'est toujours un parfait mélange. Ce peut être la base de votre nature. C'est d'eux que nous obtenons plusieurs de nos valeurs - bonnes ou mauvaises. J'aime écrire au sujet des thèmes humains importants. J'aime explorer des rapports humains puissants. Le parent et l'enfant en conflit a été le sujet d'histoires depuis l'aube de l'humanité. La plupart des personnes comprennent plutôt bien que ces deux histoires sont vraiment tout à fait différentes.

Quand et si vous dites tout ce que vous voulez dire dans "l'Épée de Vérité", y a-t-il des histoires que vous voulez pour raconter, qui auraient d'autres arrangements ? Un autre monde ?

Je suis un conteur. J'adore raconter des histoires. Depuis que je peux me souvenir, je me raconte des histoires. "L'Épée de Vérité" est la manière par laquelle j'ai plaisir à raconter des histoires en ce moment. J'ai plaisir à raconter des histoires au sujet de personnages que j'apprécie, personnages que je pense être des individus nobles. Richard et Kahlan sont ainsi. Il y a également d'autres personnages dans les histoires comme cela.
           
Je peux à un certain point décider d'écrire dans un autre format, ou autre série, ou autre genre, pour une variété de raisons. La fiction est souvent vraiment frustrante pour moi. La fiction est le seul genre dans lequel quelques personnes lisent simplement pour être malheureuses et pour se plaindre. Dans d'autres genres par exemple, le mystère, si vous lisez un livre et vous dites "je n'aiment pas les livres de ce type", vous arrêtez simplement de les lire ; vous lisez, au lieu de cela, les livres de quelqu'un d'autre. Mais dans l'imaginaire, certains continuent à lire des livres qu'ils n'aiment pas et  ronchonnent sans fin au sujet de ceux-ci. Je trouve cela déroutant. La vie est trop précieuse pour faire volontairement quelque chose que vous n'aimez pas - tout le monde ne va pas aimer les mêmes choses. Si vous n'appréciez pas les livres d'une certaine personne, ou mes livres, ou ceux d'un autre, bien, regardez ailleurs. Cette librairie a des milliers de livres ; trouvez quelque chose que vous aimez.

Je trouve cette attitude inquiétante -  qu'il y ait des gens qui lisent des livres qu'ils n'aiment pas - des gens ayant la désapprobation en tant que  but.

Mais pour parer ces peu, je dois dire que durant cette tournée j'ai rencontré un nombre énorme de personnes intelligentes, brillantes, raisonnables et merveilleuses. Cette tournée est ma chance de vous dire merci d'apporter votre intellect à mes livres.

Merci d'avoir profité de l'occasion. Merci d'apprécier les histoires que j'apprécie, et d'apprécier les personnages nobles que j'apprécie. En cela nous partageons un lien commun. Je suis si heureux de rencontrer tant des gens merveilleux, jeunes et vieux semblables. C'est la vie m'affirmant que je ne suis pas le seul à m'intéresser passionnément à de bonnes histoires et des personnages nobles.

Merci à tous.

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Texte traduit par François

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