Patrick Rothfuss pour Omnivoracious

L'auteur nous parle de l'écriture de son second livre, et de ce que ça lui a apporté.


Pouvez-dire à nous lecteurs où vous êtes actuellement, pendant que vous répondez à nos questions ?

Je suis actuellement assis dans un fauteuil en cuir dans mon salon privé. Je porte une veste de costume en soie et bois un cognac tout en dictant ces réponses à mon assistant personnel.

Cela fait quatre ans que le premier tome des Chroniques du Tueur de Roi est sortie. Cet intervalle de temps a-t-il été prévu depuis le début ?

Vous supposez que j’ai un planning. Je n’en ai pas. Le Nom du Vent fut mon tout premier livre. Cela signifie que je n’ai jamais écrit à plein temps avant. Je n’ai jamais écrit un livre avec une date limite. Je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je pensais au début que je pourrais terminer le livre en une année. Mais c’était mon ignorance et mon manque d’expérience qui parlait. Je n’avais aucune idée de la somme de révisions que j’aurais besoin de faire pour que le second livre soit prêt pour la publication.

Est-ce que votre propre perception de votre fiction a changé suite au formidable succès de votre premier livre ?

Ma perception de mon écriture n’a pas tant changé que ça. Mais ma perception de mon public a beaucoup changé lui. Quand j’écrivais le premier livre, je l’écrivais pour un public imaginaire. Mais il n’y a plus rien d’hypothétique au sujet de mes lecteurs maintenant. J’en ai rencontré des centaines, et reçu des mails de milliers d’autres. Ça augmente les enjeux. J’ai parfois l’impression d’essayer d’écrire avec un quart de millions de personnes qui regardent par-dessus mon épaule.

Y a-t-il des réactions de lecteurs qui vous ont surpris, amusé ou horrifié ?

99.9% de mes interactions avec mes lecteurs ont été un vrai délice. Ce sont des personnes réfléchies, généreuses, aimables. Ce qui m’a le plus surpris c’est la variété de personnes ayant lues mon livre. J’ai été en contact avec des soldats qui ont lu mon livre alors qu’ils étaient stationnés en Afghanistan. J’ai eu une jeune fille de 10 du Brésil qui m’a envoyé une lettre. Je suis surpris par toutes ces personnes différentes qui ont apprécié mon livre. Leur enthousiasme est tout autant surprenant. Un couple a prénommé leur enfant comme l’un de mes personnages. Des dizaines de personnes m’ont envoyé des courriels pour me parler des rêves qu’ils ont faits à mon sujet. C’est cool, mais bizarre. Très bizarre.

Rêves mis à part, de quel espace personnel avez-vous besoin pour écrire.

Idéalement ? 22 mètres (75 feet)

C’est la réponse standard. Quelle est la plus grande erreur que vous ayez faite durant ces quatre dernières années ?

J’ai essayé de prendre plus de temps pour écrire en me coupant des choses de ma vie. L’écriture du second livre n’avançait pas aussi vite que je le voulais, j’ai donc commencé à réduire. J’ai arrêté d’enseigner l’escrime. J’ai arrêté de conseiller à l’association des féministes. J’ai arrêté d’aller à mes soirées de jeux bihebdomadaires avec mes amis. J’avais plus de temps pour écrire, mais je n’ai pas plus écrit. J’ai fait moins d’exercice, je me suis moins amusés, eu moins d’interactions sociales. Je pouvais rester des jours d’affilés sans sortir de la maison. Ce n’était pas bon pour moi, pas seulement d’un point de vue de ma santé sur de nombreux niveaux. J’ai commencé à considérer mon livre comme un conjoint jaloux, qui exige tout mon temps. Vous ne voulez pas ressentir ce genre de chose pour votre livre. Vous voulez l’aimer. Vous voulez être plein de joie tout en l’écrivant.

Maintenant que "the Wise Man’s Fear" est terminé et publié, que pensez-vous qui le rende différent du premier livre ?

On découvre beaucoup plus le monde dans ce second livre. Il y a plus d’action. Plus de romance. Plus d’agitation. Kvothe est plus âgé maintenant, ce qui signifie qu’il va s’attirer des ennuis plus grave.

D’un point de vue professionnel, qu’avez-vous appris ?

Tellement de choses. Plus que je ne pourrais imaginer raconteur dans une courte interview. Des choses importantes. Beaucoup de choses importantes. J’ai donné un court à l’Université le mois dernier. C’était une classe d’hiver, et la planification était folle. Le court durait trois heures et demi, huit jours de suite. Mais à la fin de chaque court, je me disais "Merde, nous n’aurons pas assez de temps aujourd’hui. Il y a tant de chose à aborder".

De quelles influences d’autres auteurs pensez-vous que certains lecteurs pourraient être surpris ?

J’ai été grandement influencé par le poète Gwendolyn Brooks… Peu de personnes peuvent le deviner.

Vous êtes généralement classé dans « l’héroïque fantasy ». Avez-vous lu le récent essai de Leo Grin décrivant la héroïque fantasy moderne ? Qu’en pensez-vous ?

Je suis parfaitement inconscient de ce qui se passe dans la communauté des bloggeurs. Je ne lis pas les blogs. Même ceux que j’aime vraiment, comme ceux de Neil Gaiman et de John Scalzi, je n’y jette qu’un rapide coup d’œil en de rares occasions. Bizarrement, quelqu’un à porter cette discussion en particulier à mon attention. Ils m’ont envoyé un long email, avec de nombreux liens vers d’autres blog sur lesquels la discussion continue.
Je suis incroyablement occupé ces derniers temps, alors je parcours rapidement certains messages. Je pense que Grin fait la même chose que ce que d’autres font déjà depuis des centaines d’années. Il décrit la mort son bien-aimé art. Ce n’est pas une nouvelle occupation. Les gens le font depuis des siècles. Quand Homer a écrit L’Odyssée, certains de ses contemporains ont probablement du écrire un pamphlet parce qu’il contenait trop de sexe. Ou pas assez de sexe. Ou pas le bon type de sexe. C’est juste un comportement inexplicable. La peur du changement. L’amour du familier. C’est toujours la même chanson, mais avec une mélodie différente.

Pour finir, est-ce que vous réalisez que vous avez détruit tout ce qu’il restait de bon et de decent en moi avec votre livre "pas pour les enfants" – the Adventures of the Princess and Mr. Whiffle ? Est-ce un résultat habituel ?

J’ai entendu des choses similaires de par le passé. J’ai offert un exemplaire à Paolo Bacigalupi (gagnant des prix Hugo et Nebula) lors d’une convention il y a peu. Je crois que ces mots exacts furent "ce livre a blessé mon âme". Personnellement, je verrais bien cette présentation sur la couverture de la prochaine édition.

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Texte traduit par François

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