Patrick Rothfuss pour ActuSF

L'auteur parle du Nom du Vent à ActuSF


Actusf : Quels sont vos influences littéraires ?

Patrick Rothfuss  : Des influences”littéraires ? Qu’est-ce qui rend un livre “littéraire  ?
Je lis beaucoup. Beaucoup trop pour donner des titres. À partir de la 6e, je lisais environ un roman par jour. Deux, s’ils étaient courts. Quand je suis allé à la fac j’ai commencé à lire ce que vous considéré sans doute comme des classiques. Je lis Chaucer, Homère, Shakespeare et Cervantès.

Mais je me dis souvent que j’ai été plus influence par les livres que je n’aimais pas. Les livres qui m’ont agacé. Je me dis : “ je ne veux jamais faire subir ça à mes lecteurs”.

Actusf : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire Le Nom du Vent ? Comment est née l’idée de cette histoire ? :

Je lisais beaucoup pendant mon adolescence. La plupart du temps, de la Science Fiction et de la Fantasy. Le problème, c’est qu’au bout de quelques années à lire un roman par jour, on se rend compte qu’une grosse partie de la fantasy se ressemble d’un livre à l’autre. Je me suis lassé du standard "Tolkénien". Et plus grave encore, les clichés fantasy ont commencé à m’agacer.

Alors quand j’ai débuté l’écriture de ce roman, je voulais qu’il soit différent. Je ne voulais pas d’une imitation de Tolkien. J’ai composé une liste de choses interdites dans mon livre. Pas de Hobbits. Pas de prophétie. Pas de sorcier maléfique tentant de réduire le monde en cendres. Pas d’elfes avec des arcs, ni de nains avec des haches. Pas de quête pour en finir avec le mal incarné et indicible...

Actusf : Pourquoi avoir choisi la fantasy comme genre littéraire pour ce premier roman ?

La fantasy, c’est ce que je lis, c’est que j’aime. Pourquoi ferais-je autre chose ?

Actusf : Comment voyez-vous Kvothe ? Quel type de personnage est-il ? On le voit à la fois surdoué et en même temps pas vraiment épargné par la vie...

S’il c’était un personnage simple, je pourrais le décrire en 50 mots. Je n’aurais pas besoin d’écrire un livre entier sur sa vie.

Actusf : On dit souvent que les auteurs mettent un peu d’eux dans leurs personnages. Quel est votre part dans Kvothe ?

Je pense que les gens croient que les auteurs se mettent en scène à travers leurs personnages. C’est probablement vrai dans certains cas, mais jamais aussi simple que cela. Si ça l’était, les auteurs n’auraient qu’à décrire un seul personnage, ou des versions différentes du même. Vous voyez à quel point ce serait ennuyeux…

Un jour, à l’époque où ce roman venait de sortir, une de mes amies me dit : "Kvothe te ressemble beaucoup".
"Un peu, répondis-je, mais tu sais qui me ressemble vraiment ?"
"Qui ?"
"Simmon", dis-je
Elle y réfléchit une seconde : "Oui, je le conçois."
Je hochai la tête. "Mais en réalité, tu sais qui me ressemble ?". Je marquai un silence. "Elodin".
Elle rit : "C’est vrai, dit-elle, je t’ai vu enseigner."
"Mais au fond, dis-je, tu sais qui me ressemble vraiment ? Mannet"
Elle hocha la tête : "oui, ça n’est pas faux non plus..."
Puis on a bien rigolé, parce qu’ils n’ont pas grand chose en commun. Elle me connaissait, donc il lui était facile de me voir dans ces personnages. Mais cela ne signifie pas qu’ils soient basés sur moi. Juste qu’elle avait envie de le comprendre comme ça.

J’ai écrit ce livre, il est couvert de mes empreintes digitales. Des similarités sont sans aucun doute repérables. Mais Kvothe ne me ressemble pas. Nous sommes tous les deux intelligents et nous avons parfois la langue trop longue ce qui nous attire des ennuis. Mais c’est à peu près tout.

Actusf : Comment avez-vous travaillé pour ce premier tome ? Avez-vous fait un plan ou de multiples recherches pour créer votre monde comme certains auteurs de fantasy ?

Je ne rédige pas de plan. Ça ne me sert à rien. J’ai beaucoup travaillé sur l’univers que je créais. Toutefois une bonne part de ce travail reste invisible dans le livre.

Actusf : Kvothe est un personnage intéressant. Il est à la fois talentueux dans son domaine et appelé à devenir un héros mais en même temps il reste très humain, très accessibles. Comment l’avez-vous construit ? L’avez-vous construit d’ailleurs ou sa personnalité s’est-elle imposée d’elle-même ?

Ça s’est passé d’une façon organique.

Actusf : N’avez-vous pas peur que sa gentillesse, sa bonté dans tous les sens du terme, ne soit aussi un handicap par la suite ? Qu’il ne soit pas assez "torturé" pour devenir un personnage marquant ?

Pourquoi est-ce que la gentillesse rendrait un personnage moins intéressant ? La SF est pleine de sociopathes tourmentés, obsédés par la vengeance et avec des tendances psychotiques. C’est complètement surfait. C’est ennuyeux...

Actusf : Dans ce premier tome, il est à l’université, évidemment depuis Harry Potter on ne peut pas lire une histoire avec un sorcier dans une école sans penser à J.K.Rowing. Y avez-vous pensé au moment de l’écriture ? Et comment avez-vous réussit à vous en accommoder ou à vous en écarter ?

Non ça ne me pose aucune difficulté, dans la mesure où j’ai commence la rédaction de ce livre en 1994 et que Harry Potter n’est paru qu’en 1997. Jusqu’en 2001, après avoir achevé les premiers jets de ma trilogie, je n’avais pas ouvert les livres de Rowling... Quelques-uns ont voulu comparer les deux livres. Ils étaient peu nombreux et disaient la plupart du temps Le nom du vent, c’est Harry Potter, mais pour les adultes. Ces deux livres, n’ont en réalité pas grand chose en commun.

Actusf : Où en êtes-vous de l’écriture de la suite ? Et que pouvez-vous nous dire de la suite de l’histoire pour les lecteurs français ?

Je ne crois pas beaucoup aux "spoilers", ça gâche le plaisir. Mais je crois que je peux sans crainte dire que Kvothe grandit un peu dans le deuxième volume. Il y a une grosse différence entre l’histoire d’un jeune garçon et celle d’un jeune homme. Il voyage plus, son expérience du monde s’enrichit, et forcément, il s’attire aussi plus d’ennuis.

Actusf : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?

Je passe le plus clair de mon temps à réviser le deuxième tome. Mais j’ai quelques petits projets annexes. J’ai écrit le texte d’un livre d’images avec un ami à moi intitulé “The Adventures of the Princess and Mr. Whiffle”. C’était très agréable à faire et j’en suis fier plus que de raison. Cela ressemble à un livre pour enfants, mais en fait, ce n’est pas le cas.

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Texte traduit par Jérome Vincent

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