La Fantasy a besoin de dépasser les dragons et les nains

L'auteur répond à Alex Pham du LA Times au sujet de ce qui l'irrite dans la fantasy.


Patrick Rothfuss avait vingt ans quand il a débuté l’écriture de son premier livre, le Nom Du Vent.

Cela lui a pris sept ans pour terminer le conte Fantasy puis quatre années supplémentaires pour convaincre un éditeur qu’il peut se vendre. Et il avait raison ; en 2007, le livre s’inscrit dans les listes des meilleures ventes du NY Times et de USA Today, et fut nommé l’un des meilleurs livres de l’année par Publisher Weekly et Amazon. Les critiques n’ont pas tardé à comparer le jeune auteur à George R.R. Martin, que ça ne dérangeait pas du tout, « Il est sacrément bon, ce gars Rothfuss ».

Rothfuss a maintenant 38 ans et vit à Stevens Point, Wisconsin, et vient de sortir son second roman, Wise Man Fear » en « poche » et il travaille sur son troisième opus. Nous l’avons interrogé pour des indices sur les pièges pouvant embêter les nouveaux auteurs.

A.P. : Avec quel genre de livres avez-vous grandit ?

PATRICK ROTHFUSS : Bien que je sois devenu un grand lecteur, étant enfant, je n’ai jamais voulu abandonner les livres avec des images. J’allais à la bibliothèque pour voir la quantité maximum de livre avec images que je pouvais prendre. Je les ramenais à la maison, les lisait tous, et les ramenais à la bibliothèque le lendemain. Ca rendait ma mère un peu folle.

A.P. : Quel livre ou saga vous à fait la plus forte impression ?

PATRICK ROTHFUSS : Bien, on aime le plus ce que l’on a aimé en premier. Donc CS Lewis, JRR Tolkien et Anne MC Caffrey tiennent une place particulière dans mon cœur. Mais honnêtement, je lisais à peu près tout ce qui me passait entre les mains en science fiction et Fantasy. Je ne faisais pas de discrimination. Je lisais presque un roman par jour entre 10 et 18 ans, et les ait tous aimés.  Ce n’est qu’après avoir fréquenté le Lycée quelques années que j’ai commencé à être insatisfait. Lorsque vous avez 14 ans, tout ce qui est avec une épée et un dragon est plutôt cool. Mais lorsque vous avez 21 ans, que vous avez lu 2000 romans Fantasy, vous commencez à réaliser que certains de ces livres, bien, ils n’étaient pas si bons. OK, soyons honnètes la pluspart étaient pourris.

A.P. :Qu’est-ce qui vous irrite vraiment ? Une bête noire ?

PATRICK ROTHFUSS : C’est en partie la qualité de l’écriture. Après avoir fréquenté le lycée, j’avait lu Shakespeare, Frost, Chaucer ainsi que les poètes de la  Harlem Renaissance. J’ai commencé à percevoir combien la langue anglaise pouvait être magnifique. Mais la majeure partie des romans Fantasy ne paraissaient pas faire l’effort. Il y a des auteurs qui font l’effort. Roger Zelazny, Peter Beagle, Usula Le Guin, et Neil Gaiman, ont une maîtrise superbe par exemple. Mais ils sont des exceptions plutôt que la règle. Un plus gros problème encore fût pour moi les clichés rencontrés sans cesse ? Je ressentais comme si je lisais la même histoire encore et encore avec des modifications mineures. Comme si tous ces livres avaient été assemblés sur la même base. Ils avaient tous des nains avec des haches, des elfes avec des arcs, et un méchant magicien voulant détruire le monde.

A.P. :Qu’avez-vous contre des nains avec des haches, des elfes avec des arcs, et un méchant magicien voulant détruire le monde ?

PATRICK ROTHFUSS :Ne vous méprenez pas. J’ai grandi avec Tolkien. J’ai lu le Seigneur des Anneaux une fois par an durant toute mon enfance. J’ai aimé ces livres. Le problème est que tout le monde aussi. Donc les gens ont suivit les pas de Tolkien. Ensuite, d’autres écrivains ont suivi les pas de ces écrivains ? Assez rapidement, toute cette population piétine un sol déjà damé et ressassé, et les gens commencent à penser que les nains, les elfes et les anneaux magiques sont la Fantasy. Mais ils ne le sont pas. Ces choses sont des accessoires. Et mettre ces choses dans votre livre ne fera pas de vous Tolkien. Pas plus que de mettre un prince emo, un combat à l’épée et un fantôme dans votre livre ne fera de vous Shakespeare.

A.P. :C’est si grave ?

PATRICK ROTHFUSS :J’ai lu in livre ou un méchant type roi magicien méchant avait dans l’idée de faire un genre de grand Ha-Ho-rituel-magique. Le résultat serait l’une des trois options :1 il deviens tout puissant. 2. Il meurt. 3. Le monde est détruit. Bien sur le jeune héros pré pubère se décide de l’arrêter. Et c’est bon. C’est une bonne motivation pour un héros. Vous n’avez pas trop envie que le monde soit détruit, parce que vous savez, c’est là que sont vos chaussures. De plus, si ce mec magicien devient tout puissant, ça va craindre. Mon problème est avec le roi magicien. Ce mec est sensé être un grand génie magique, mais il va faire un rituel qui a 66% de chances de le détruire ? Qui décide qu’une chance sur trois est de bon augure ? C’est juste stupide. Je déteste lire un bon livre, pour être ensuite confronté à quelque chose d’idiot. C’est comme se faire mettre le doigt dans l’oeil.

A.P. : Quel est votre sentiment sur les dragons ?

PATRICK ROTHFUSS : Je sais maintenant que vous m’appâtez. Mais bien, je vais faire face. Le problème avec les dragons, c’est que tout le monde les utilise. Tout le temps. Lorsque cela arrive, ils deviennent un lieu commun. Beaucoup de gens pensent que vous n’avez qu’à les balancer dans l’histoire  et brutalement, quoi que ce soit que vous écriviez est 28% plus cool. Mais ça ne marche pas. Ca ne fait juste des dragons qu’un cliché ennuyeux.

A.P. : S’ils sont si banals, pourquoi les voyons nous encore et encore dans pratiquement toutes les productions Fantasy qui nous arrivent ?

PATRICK ROTHFUSS : C’est ça le truc. Les dragons sont cool. Quiconque de pas trop coincé doit l’admettre. Ils sont une icône. Ils sont l’archétype. De plus un énorme lézard qui souffle du feux est plutôt sympa, vous ne pouvez que l’admettre. Les dragons ne sont pas banals. Mais beaucoup de gens les rendent banals avec une mauvaise narration. Je jouais à un jeu vidéo il y a quelque temps. Dans le jeu, vous combattez un dragon. Et cous savez quoi ? C’était génial ? Je lui courais autour, me faisant cramer par du feu, inquiet de bientôt mourir. C’était amusant, dramatique. Et puis, un peu plus tard, vous combattez un autre dragon. Puis un autre. Et un autre. Et finalement, ils m’étaient devenus juste irritants. C’était ennuyeux. Vous ne devriez jamais être ennuyé de vous battre contre un dragon. Lorsque cela arrive, quelqu’un a lâché l’affaire en terme de narration.

A.P. : Donc, si vous deviez faire une liste, quels seraient les cinq clichés Fantasy que les gens devraient éviter ?

Mon gars, c’est dur de les limiter à juste cinq...
1. Prophétie. Je ne veux plus lire un autre roman traitant  de “celui qui a été choisit ».
2. La demoiselle en détresse. J’ai connu un grand nombre de demoiselles dans ma vie. La grande majorité d’entre elles n’ont pas besoin d’être sauvées.
3. Des elfes avec des arcs dans les bois. Des Nains avec des haches qui vivent dans des grottes. C’était bien quand Tolkien l’a fait, mais c’était il y a 60 ans. Il est temps pour nous d’avancer.
4. Vampires romantiques. A partir de maintenant, toute sorte de vampires devrait probablement être évité. Le genre est un peu surpeuplé.
5. Les Dragons, comme vu ci-dessus.

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Texte traduit par tkl

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